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JE DEMENAGE !!!

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JE DEMENAGE !!! par lacotentine

 JE DEMENAGE !!!

21/1/2009

Voilà.... Mon blog déménage........

Je suis triste car j'aimais très fort certains d'entre vous, mais pour être franche, je pense que le rôle d'un webmaster est de rester neutre en toute occasion, et si je suis totalement contre la guerre, je ne puis être d'accord avec ceux qui attisent les haines......... J'ai lu certains propos franchement antisémites ces derniers temps, qui m'ont profondément attristés...

Je pars donc sous d'autre cieux......Ceux qui le voudront vraiment pourront toujours me demander mes nouvelles références........et je me ferai une joie de revenir voir ceux qui l'accepteront.....

En guise de cadeau d'adieu, et pour respecter ma promesse à une amie d'outre-Atlantique, voici une adaptation "modernisée" mais fidèle d'un conte méconnu de monsieur Perrault :

 

A une demoiselle inconnue…

 

 

 

 

 

En vous offrant, jeune et sage Beauté, l’histoire de ce modèle de patience, je n’ai jamais espéré que vous l’imiteriez en tout point, ce serait me faire trop d’honneur.

 

Mais Paris, où les hommes sont raffinés, où les femmes, nées pour charmer, trouvent leur parfait bonheur, est une ville si pleine d’exemples du défaut contraire, qu’on ne peut y vivre sans avoir en permanence des solutions pour s’en défendre ou s’en défaire.

 

Une Dame aussi patiente que celle dont je mets ici la qualité en relief, serait partout considérée comme un phénomène étonnant, mais se serait une sainte à Paris.

 

Les femmes y sont souveraines, tout s’y décide selon leurs souhaits, enfin, c’est pays heureux qui n’est habité que par des Reines.

 

Ainsi je me rends compte que de toutes façons, Griselidis y sera peu appréciée, et qu’elle y sera source de moquerie, par ses leçons trop archaïques.

 

Ce n’est pas que la patience ne soit pas une qualité des Dames de Paris, mais elles ont pris l’habitude de la laisser habilement utiliser par leurs propres maris.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

GRISELIDIS

 

 

Nouvelle

 

 

 

 

 

Au pied des célèbres montagnes Alpines où le Pô, s’échappant du couvert des roseaux, va, tout au long des proches campagnes, promener ses eaux naissantes, vivait un jeune et vaillant Prince. Les charmes de sa Province étaient infinis, le Ciel, en la créant, l’avait dotée des plus rares merveilles, qu’il répartit d’ordinaire entre plusieurs Contrées, et qu’il n’accorde qu’aux grands Rois.

 

Comblé de tous les dons et du corps et de l’esprit, il fut robuste, adroit, doué pour l’art de la Guerre, et par le talent secret d’une divine inspiration, il se passionna pour les Arts. Il aima les batailles, il aima la victoire, les grands projets, les actions héroïques, et tout ce qui permet à un beau Nom de rester dans l’histoire ; mais son cœur tendre et généreux fut encore plus sensible à la solide gloire de rendre son Peuple heureux.

 

Ce tempérament héroïque fut obscurci par un sombre malaise qui le rendait bougon et mélancolique, lui faisant croire, dans le fond de son cœur que toutes les femmes sont infidèles et sournoises : dans la femme où resplendissaient les plus rares qualités, il voyait une âme hypocrite, un esprit fou d’orgueil, un cruel ennemi qui sans cesse n’aspire qu’à prendre un pouvoir souverain sur l’homme malheureux qui sera son compagnon.

 

La fréquentation habituelle de la Haute Société, où l’on ne voit qu’Epoux envoûtés ou trahis, jointe à l’influence soupçonneuse de ces personnes, accrut encore cette haine profonde. Il jura donc plus d’une fois que même si le Ciel créait pour lui une autre Vénus, jamais il ne suivrait les lois du mariage.

 

Ainsi, quand le matin, qu’il consacrait aux affaires de l’Etat, il avait réglé sagement toutes les choses nécessaires au bonheur du Pays, que du faible orphelin, de la veuve opprimée, il avait préservé les droits, ou supprimé quelque impôt qu’une guerre imposée avait fait créer autrefois, l’autre moitié de la journée était destinée à la chasse, où les sangliers et les ours, malgré leur brutalité et leurs armes lui donnaient encore moins d’inquiétude que les femmes qu’il évitait toujours.

 

Cependant, ses sujets, que l’intérêt pousse à s’assurer d’un successeur qui les gouverne un jour avec la même douceur, l’invitaient sans cesse à leur donner un fils.

 

Un jour, dans le palais, ils vinrent tous en groupe pour faire une dernière tentative ; un Orateur à l’air sérieux, le meilleur qui existât alors, dit tout ce que l’on peut dire en pareil cas. Il souligna leur désir ardent de voir une heureuse lignée issue du Prince rendre à jamais leur Etat florissant ; il imagina même une Etoile naissante issue de son Mariage faire pâlir le Croissant de l’Empire du Grand Turc.

 

D’un ton plus simple et d’une voix moins forte, le Prince répondit ainsi à ses sujets :

 

« Le zèle acharné avec lequel je vois aujourd’hui que vous me poussez vers les liens du mariage, me fait plaisir, et est un agréable témoignage de votre amour pour moi ; j’en suis vivement touché, et voudrais dès demain pouvoir vous satisfaire : mais à mon sens le mariage est une affaire où plus l’homme est prudent plus il est démuni.

 

Observez bien toutes les jeunes filles ; tant qu’elles sont dans leurs familles, elles ne sont que sagesse, que bonté, que pudeur, que sincérité, mais dès que le mariage a eu lieu, le déguisement tombe, et étant désormais installées, il n’importe plus de se montrer sage, elles abandonnent leur beau personnage, non sans avoir beaucoup souffert, et chacune s’organise dans son foyer selon son bon vouloir.

 

L’une d’humeur maussade, et que rien ne distrait, devient une terrible bigote, qui crie et gronde toute la journée ; l’autre devient coquette, écoute tout ou jacasse, et n’a jamais assez d’admirateurs ; celle-ci follement passionnée par les Arts, décide de tout avec mépris, et critiquant l’Auteur le plus émérite, se prend pour une Intellectuelle ; cette autre se transforme en joueuse, perd tout, argent, bijoux, bagues, meubles de prix, et même jusqu’à ses vêtements.

 

Dans les divers chemins qu’elles prennent, il n’y a qu’une chose pour laquelle elles se rejoignent toutes, c’est de vouloir faire la loi. Or je suis convaincu que dans le mariage on ne peut jamais vivre heureux quand on est deux à commander ; si donc vous souhaitez que je m’engage dans le mariage, cherchez une jeune Beauté, sans orgueil ni vanité, d’une obéissance parfaite, d’une patience aguerrie, et qui n’ait pas de revendication, je la prendrai pour femme quand vous l’aurez trouvée. »

 

Le Prince ayant terminé ce discours moralisateur, monte brusquement à cheval, et galope à perdre haleine afin de rejoindre sa meute de chiens qui l’attend au centre de la plaine.

 

Après être passé par des prés et des landes, il retrouve ses Chasseurs couchés sur l’herbe verte ; tous se lèvent et tous en éveil, ils font trembler les habitants des forêts du son de leurs cors. L’aboyante famille des chiens courants s’enflamme d’un côté et de l’autre, au milieu des champs moissonnés, et les limiers à l’œil ardent qui reviennent à leur poste après avoir été jusqu’à l’endroit le plus touffu du bois, y entraînent d’un seul regard les vigoureux valets qui les retiennent.

 

S’étant renseigné auprès d’un de ses hommes pour savoir si tout est prêt, si l’on est sur la trace du gibier, il ordonne aussitôt qu’on commence la chasse, et lance les chiens sur le cerf. Le bruit des chevaux qui hennissent et les aboiements perçants des chiens excités, remplissent la forêt de tumulte et de désordre, et pendant que l’écho les prolonge sans cesse, ils s’enfoncent avec eux dans le plus profond du bois.

 

Le Prince, par hasard ou par les voies du destin, prit une route détournée où aucun des chasseurs ne le suit ; Plus il galope, plus il s’en éloigne : enfin, il s’égare tant et si bien qu’il n’entend plus le bruit des chiens et des cors.

 

L’endroit où le mena sa bizarre aventure était  éclairé par des ruisseaux et assombri par la verdure, et les esprits y étaient envahis d’un obscur saisissement ; la simple et inviolée Nature s’y montrait si belle et si pure, que mille fois il bénit son erreur.

 

Empli par les douces rêveries qu’inspirent les grandes forêts, les rivières et les prairies, il sent soudain son cœur et ses yeux foudroyés par l’être le plus doux et le plus aimable qu’il eût jamais vu sous les Cieux.

 

C’était une jeune Bergère qui filait la laine au bord d’un ruisseau, et qui tout en surveillant son troupeau tournait habilement son fuseau d’une main docile et travailleuse.

 

Elle aurait pu dompter les cœurs les plus sauvages ; son teint a la blancheur des lys, et sa fraîcheur naturelle s’était toujours trouvée préservée par l’ombre des bosquets : sa bouche avait tout l’attrait de l’enfance, et ses yeux qu’adoucit une paupière brune, plus bleus que l’azur du ciel, avaient aussi plus de lumière.

 

Le Prince, se dissimulant dans le bois, contemple avec allégresse ces beautés qui émeuvent son âme, mais le bruit de ses pas amena sur lui le regard de la Belle ; dès qu’elle se vit aperçue, tout son visage s’embrasa instantanément et vivement jusqu’à atteindre un rouge brillant, redoublant la splendeur de son beau teint, faisant ainsi triompher sa timidité.

 

Sous le voile innocent de cette gracieuse réserve, le Prince découvrit une simplicité, une douceur, une sincérité, dont il croyait les femmes incapables, et qu’il découvre là dans toute leur splendeur.

 

Saisi d’une frayeur pour lui toute nouvelle, il s’approche troublé, et plus timide qu’elle, lui dit, d’une voix tremblante, qu’il a perdu la trace de tous ses chasseurs, et lui demande si la battue n’est point passée quelque part dans le bois.

 

« Je n’ai rien vu, Seigneur, en ce lieu solitaire, dit-elle, et nul autre que vous n’est venu jusqu’ici ; mais n’ayez point d’inquiétude, je remettrai vos pas dans un chemin connu.

 

-       Je ne puis, lui dit-il, trop rendre grâce aux Dieux de mon heureuse aventure ; depuis longtemps je fréquente ces lieux, mais j’avais ignoré, jusqu’à cette journée, ce qu’ils ont de plus précieux. »

 

Elle voit alors que le Prince se baisse vers le bord humide du ruisseau, pour étancher dans son eau courante, la soif ardente qui le dévore. « Seigneur, attendez un moment », dit-elle, et courant rapidement vers sa maisonnette, elle y prend une tasse qu’elle présente avec joie et amabilité à ce nouveau soupirant.

 

Les vases précieux de cristal et d’agate où l’or reluit en mille endroits, et qu’un art minutieux façonna avec soin, n’eurent jamais pour lui, dans leur luxe inutile, autant de beauté que le bol d’argile que la Bergère lui donna.

 

Cependant, pour trouver une route praticable qui mène le Prince à la Ville, ils traversent des bois entrecoupés de rochers escarpés et de torrents ; le Prince n’emprunte aucun nouveau chemin sans en bien observer tous les lieux alentour, et son coeur habile, qui songeait au retour, en dressa une carte fidèle.

 

Dans un bosquet sombre et frais, la Bergère le conduit enfin, et par dessous ses branchages épais, il voit au loin, au centre de la plaine, les toits dorés de son riche Palais.

 

S’étant séparé de la Belle, bouleversé par une vive douleur, il s’éloigne d’elle à pas lents, le cœur lourd et transpercé d’un dard ; le souvenir de sa tendre aventure le ramena chez lui agréablement. Mais dès le lendemain il sentit à nouveau sa blessure, et se sentit accablé de tristesse et de chagrin.

 

Dès qu’il le peut il retourne à la chasse, et il échappe adroitement à ses compagnons, débarrassé d’eux, il s’égare avec bonheur. Les cimes élevées des arbres et des monts, qu’il avait observées avec grand soin, et les désirs secrets de son fidèle amour, le guidèrent si bien que, malgré la traversée de cent routes diverses, il retrouva la demeure de sa jeune bergère.

 

Il apprit qu’elle ne vit plus qu’avec son père, qu’elle s’appelle Griselidis, qu’ils vivent paisiblement du lait de leurs brebis, et qu’ils font eux-mêmes leurs vêtements avec la toison des moutons, qu’elle file seule, sans avoir besoin des gens de la Ville.

 

Plus il la regarde, plus il s’enflamme devant les formidables trésors de son âme ; il s’aperçoit en découvrant tant de dons précieux, que si la Bergère est tellement belle, c’est qu’une légère étincelle  venue de son bel esprit, est passée dans ses yeux.

 

Il ressent une joie extrême de voir ses premières amours aussi bien établies ; ainsi, sans plus tarder, il fit, dès le jour même, rassembler son Conseil et lui tint ce discours :

 

« Enfin, suivant vos vœux, je vais m’engager dans les voies du mariage ; je ne prends point ma femme en Pays Etranger, je la prends parmi vous, belle, sage, bien née, ainsi que mes ancêtres l’ont fait plus d’une fois, mais j’attendrai le grand jour de la cérémonie pour vous informer de mon choix. » Dès que l’on connut la nouvelle, partout elle fut répandue, on ne peut dire avec quelle ardeur l’allégresse publique s’exprime en tous lieux ; le plus content fut l’Orateur, qui, par son discours pathétique, croyait être l’unique responsable d’un si grand bonheur. Comme il se prenait pour un homme de grande importance ! « Rien ne peut résister à la grande éloquence », se disait-il sans cesse en son for intérieur.

 

Quel amusement ce fut de voir le travail inutile des belles de toute la Ville pour attirer le Prince et mériter le choix de leur Seigneur, que seul un air ingénu et modeste charmait plus que tout le reste, ainsi qu’il l’avait dit cent fois.

 

Elles changèrent toutes de vêtements et d’attitude, elles toussèrent d’un ton onctueux, elles radoucirent leurs voix, les coiffures se firent plus discrètes, à peine leur voyait-on le petit bout des doigts.

 

Dans la Ville, avec empressement, pour le mariage dont le jour avance, on voit travailler tous les artistes : Ici se fabriquent de magnifiques véhicules d’une forme toute nouvelle, si beaux et si bien inventés, que l’or qui étincelle partout en est la moindre des merveilles.

 

Là, pour voir aisément et sans aucun obstacle, toute la magnificence du spectacle, on dresse de longues tribunes, ici de grands arcs de triomphe sur lesquels on célèbre la gloire du Prince Guerrier, et l’éclatante victoire de l’Amour.

 

Là, sont créés par des artistes ingénieux, ces feux d’artifice qui, tels d’innocents coups de tonnerre, en s’envolant loin de la Terre, embellissent le ciel de mille étoiles nouvelles. Là on organise avec application l’agréable spectacle d’un ballet inventif, et là on entend répéter les airs mélodieux d’un Opéra contant l’histoire de mille Dieux, le plus beau qu’ait jamais donné l’Italie.

 

Enfin arriva le grand jour du fameux mariage.

 

Dans un ciel vif et clair, à peine l’aurore vermeille teintait-elle l’azur en or, que partout les femmes se réveillent en sursaut ; Les habitants curieux se répandent dans toute la Ville, des Gardes sont postés en différents endroits pour contenir la foule, et l’obliger à faire place nette. Tout le Palais retentit du son des clairons, des flûtes, des hautbois, des binious champêtres, et l’on n’entend aux environs que des tambours et des trompettes.

 

Enfin le Prince sort entouré de sa Cour, il s’élève de la foule un long cri de joie, mais tous sont bien surpris quand, au premier tournant, ils s’aperçoivent qu’il prend la route de la forêt proche, ainsi qu’il le faisait chaque jour. « Voilà, dit-on, son penchant pour la chasse est toujours sa passion la plus forte, en dépit de l’Amour. »

 

Il traverse rapidement les landes de la plaine, et, gagnant la montagne, il entre dans le bois au grand étonnement du groupe qui l’accompagne.

 

Après être passé par différents chemins, que son cœur amoureux est heureux de reconnaître, il trouve enfin la maisonnette champêtre, où demeure sa tendre bien-aimée.

 

Griselidis informée du mariage, par la voix publique, avait endossé sa plus belle toilette ; et sortait, au même moment, de son humble maison, pour aller voir la cérémonie magnifique.

 

« Où courez-vous si empressée et si légère ? Lui dit le Prince en l’abordant et la regardant tendrement ; cessez de vous hâter, trop jolie Bergère : la noce où vous allez, et dont je suis l’époux, ne saurait ce faire sans vous.

 

Oui, je vous aime, et je vous ai choisie entre mille jeunes beautés, pour passer avec vous le reste de ma vie, si toutefois vous ne rejetez pas ma demande.

 

-       Ah ! dit-elle, Seigneur, je ne puis croire que je sois destinée à cette trop grande gloire, vous cherchez à vous amuser.

-       Non, non, dit-il, je suis sincère, j’ai déjà l’accord de votre père, (le Prince avait prit le soin de lui en faire la demande). Daignez, bergère, y consentir, c’est la seule chose qui vous reste à faire. Mais afin qu’entre nous un solide bonheur éternellement perdure, il faudrait me jurer que vous ne suivrez jamais d’autre volonté que la mienne.

 

-       Je le jure, dit-elle, et je vous le promets ; si j’avais épousé le plus humble du Village, j’obéirais, ma chaîne me serait douce ; Alors, elle le sera encore plus, si je trouve en vous et mon Seigneur et mon Epoux ! »

 

Ainsi se déclare le Prince, et pendant que la Cour applaudit à son choix, il invite la Bergère à accepter qu’on la pare des atours que l’on donne aux Epouses des Rois. Celles dont le devoir est d’effectuer cette tâche entrent dans la maisonnette, et là promptement, elles mettent tout leur savoir et toute leur habileté à donner de la grâce à chaque vêtement.

 

Dans cette maison où l’on se bouscule, les dames admirent à chaque instant avec quel talent la Pauvreté s’y cache sous la netteté ; et cette rustique maisonnette, que surplombe et rafraîchit un immense platane, leur semble une demeure enchantée.

 

Enfin, de ce petit logis, la charmante Bergère sort somptueuse et éblouissante ; Sur une grande calèche d’or et d’ivoire, la Bergère s’assied pleine de majesté ; le Prince y monte avec fierté, et ne ressent pas moins d’honneur à se voir assis à son côté en qualité de fiancé, qu’à marcher triomphant après une victoire ; la Cour les suit et s’ordonne en fonction de la charge officielle ou du titre de noblesse de chacun.

 

Les Citadins, presque tous sortis dans les champs, se pressaient dans les plaines alentour, et avertis du choix du Prince, attendaient son retour avec impatience. Il apparaît, ils le rejoignent. Au milieu de l’épaisse foule du Peuple qui se fend à son passage, la calèche roule avec peine ; Sous les longs cris de joie sans cesse redoublés, les chevaux impressionnés et affolés se cabrent, trépignent, s’élancent et reculent plus qu’ils n’avancent.

 

On arrive enfin devant le Temple, et là, les deux époux unissent leur destin par la chaîne éternelle d’une promesse solennelle ; ensuite, ils se rendent au palais, où mille réjouissances les attendent, où la danse, les jeux, les courses, les tournois répandent l’allégresse en différents endroits ; sur le soir, le Dieu de l’Amour couronna la journée de ses innocentes douceurs.

 

Le lendemain, les différents Etats de toute la Province accourent pour féliciter la Princesse et le Prince par la voix de leurs Gouverneurs.

 

Entourée de ses Dames, Griselidis, sans paraître déconcertée, les écouta en Princesse, leur répondit en Princesse. Elle remplit toutes ces tâches avec tant de sagesse, qu’il sembla que le ciel eût répandu ses trésors avec encore plus de générosité sur son âme que sur son corps. Grâce à son esprit, grâce à ses vives connaissances, elle prit aussitôt les manières du grand monde, et même dès le premier jour, elle se fit si bien informer sur les talents, le tempérament des Dames de la Cour, que son bon sens, jamais pris en faute, eut moins de difficulté à les mener où elle voulait qu’autrefois ses brebis.

 

Avant la fin de l’année, le Ciel bénit leur bienheureux mariage en leur offrant un enfant ; ce ne fut pas un Prince, on l’eût bien souhaité ; mais la jeune Princesse avait tant de beauté que l’on ne songea plus qu’à veiller sur sa vie ; son Père qui lui trouve un air doux et charmant, venait la voir à tout moment, et sa Mère encore plus ravie la regardait incessamment.

Elle voulut la nourrir elle-même : « Ah, dit-elle, comment me justifier si, avec une ingratitude extrême, je lui refuse ce que ses cris demandent de moi ? Par une raison contre nature, pourrais-je vouloir n’être qu’à moitié la mère de mon enfant ? »

 

Soit que le Prince eût le cœur un peu moins enflammé qu’aux premiers jours de son désir, soit que le fond de son caractère méchant ce soit réveillé, et de son épaisse fumée eût obscurci ses sentiments et corrompu son cœur, dans tout ce que fait la Princesse, il s’imagine voir peu de sincérité. Sa trop grande pureté l’offense, c’est un piège qu’on tend à sa crédulité ; son esprit inquiet et plein de perplexité croit tous les soupçons qu’il écoute, et prend plaisir à transformer en doute son excès de bonheur.

 

Pour guérir les chagrins dont son âme est atteinte, il la suit, il l’observe, il aime à la troubler par les ennuis de la servitude, par tout ce qui peut séparer la vérité de la duplicité. « Je ne dois pas trop me laisser leurrer ; si ses qualités sont véritables, les procédés les plus insupportables ne feront que les renforcer. »

 

Dans son palais, il la tient enfermée, loin de tous les plaisirs qui fleurissent à la Cour, et dans sa chambre, où elle vit seule retirée, il laisse à peine entrer la lumière. Persuadé que les Parures et les vêtements majestueux des Femmes, qui ont été créées par la Nature pour plaire, sont leurs plus agréables délices, il lui demande avec rudesse les perles, les rubis, les bagues, les bijoux qu’il lui donna comme marque de tendresse, lorsque de son bien-aimé il devint son époux.

 

Elle dont la vie est sans tâche, et qui n’a jamais eu d’autres but que de s’acquitter de son devoir, les lui donne sans s’émouvoir, et même, le voyant se réjouir à les reprendre, n’éprouve pas moins de plaisir à les rendre qu’elle n’en eut à les recevoir.

 

« Pour m’aguerrir, mon Epoux me tourmente, dit-elle, et je vois bien qu’il ne me fait souffrir qu’afin de réveiller ma sagesse défaillante, qu’un doux et long repos pourrait faire disparaître. S’il n’a pas ce dessein, du moins suis-je assurée que c’est là ce que le Seigneur veut de moi, et que la persistance contraignante de tant d’épreuves n’est là que pour éprouver ma constance et ma foi.

Pendant que tant de malheureuses vont et viennent au gré de leurs désirs, par mille routes dangereuses, après de faux et inutiles plaisirs ; pendant que le Seigneur dans sa justice mesurée, les laisse aller jusqu’aux bords du précipice, sans compatir au danger encouru, par un bel élan de sa bonté suprême, il me choisit comme un enfant qu’il aime, et s’applique à me corriger.

 

Aimons donc sa sévérité utilement cruelle, on n’est heureux qu’autant que l’on a souffert, aimons sa bonté paternelle et la main dont elle se sert. »

 

Le Prince a beau la voir obéir sans contrainte à tous ses ordres aveugles : « Je vois le but de cette sagesse feinte, dit-il, et ce qui rend toutes mes épreuves superflues, c’est qu’elles n’ont porté leur coup que là où elle n’éprouve plus d’amour.

 

Dans son enfant, dans la jeune Princesse, elle a mis toute sa tendresse ; si je veux réussir à l’éprouver, c’est là qu’il faut que je frappe, c’est là que je peux réussir. »

 

Elle venait de donner le sein au tendre objet de son amour ardent, qui, couché sur sa poitrine, jouait avec elle, et riait en la regardant : « Je vois que vous l’aimez, lui dit-il, cependant il faut que je vous l’enlève en cet âge encore très bas, pour lui former le caractère et pour la préserver de certaines mauvaises attitudes que l’on peut prendre en votre compagnie ; ma grande chance m’a permis de trouver une Dame d’esprit qui saura l’élever dans toutes les qualités et dans la distinction que doit avoir une Princesse. Préparez-vous à la quitter, on va venir pour l’emporter. »

 

A ces mots il la laisse, n’ayant pas le courage, ni les yeux assez inhumains, pour voir arracher à ses bras l’unique preuve de leur amour ; son visage est baigné de mille pleurs, et dans une silencieuse prostration, elle attend le sombre moment de son malheur.

 

Dès que, abominable à ses yeux, l’exécutant d’un acte si triste et si cruel se montra, elle lui dit : « il faut obéir » ; puis, prenant son enfant qu’elle contempla, qu’elle embrassa d’une ardeur maternelle, qui la serra tendrement de ses petits bras, toute en larmes, elle le donna. Ah, que la douleur fut rude ! Arracher l’enfant ou le cœur de la poitrine d’une si tendre mère, c’est la même souffrance.

 

Près de la Ville se trouvait un Monastère, célèbre pour son ancienneté, où vivaient des Religieuses dans une règle austère, dirigés par une Abbesse connue pour sa piété. Ce fut là que, dans le silence, et sans en signaler la haute naissance, on déposa l’enfant, et des bagues de prix, laissant espérer une récompense digne des soins qu’on lui aurait prodigué.

 

 

Le Prince qui essayait d’effacer par la chasse le vif remords qui l’assaille quant à son excès de cruauté, craignait de revoir la Princesse, comme on craint de revoir une fière Tigresse à qui son petit vient d’être enlevé ; cependant elle le traita avec douceur, avec bienveillance, et même avec cette tendresse qu’elle lui donnait aux plus beaux jours de son bonheur.

 

En voyant cette bonté si grande et si empressée, il fut rempli de regret et de honte ; mais son tourment demeura le plus fort : Ainsi deux jours après, avec des larmes feintes, pour lui porter encore de plus vifs coups, il vint lui dire que la mort avait scellé le destin de leur gracieuse enfant.

 

Cette nouvelle inopinée la blesse mortellement, cependant malgré sa tristesse, ayant vu son Epoux qui changeait de couleur, elle parut oublier son malheur, et même n’avoir de tendresse que pour le consoler de sa fausse douleur.

 

Cette bonté, cette passion sans égale d’amour conjugal, désarmant tout à coup la rigueur du Prince, le touche, le pénètre et lui change le cœur, si bien qu’il lui prend l’envie de dire que leur enfant est encore en vie ; mais sa colère monte et, fière, lui défend de rien révéler du mystère qu’il peut être utile de garder.

 

Dès ce bienheureux jour la mutuelle tendresse des deux époux fut telle qu’elle n’est pas plus vive aux instants les plus doux, entre l’amoureux et sa bien-aimée.

 

Quinze fois le soleil, pour créer les saisons, séjourna tour à tour dans ses douze mois, sans que rien ne vienne les désunir ; si quelquefois, par caprice, il prend plaisir à la taquiner, c’est seulement pour empêcher que l’amour ne s’affaiblisse, tel le Forgeron qui, mettant son ouvrage sous presse, répand un peu d’eau sur la braise de sa fournaise défaillante pour en redoubler la chaleur.

 

Cependant la jeune Princesse grandissait en esprit, en sagesse ; à la douceur, à la pureté qu’elle tenait  de son aimable mère, elle joignit la fameuse et noble fierté de son illustre père ; la réunion de ce qui est le meilleur de chaque caractère en fit une parfaite beauté.

 

Partout elle brille comme un astre ; et par hasard un Seigneur de la Cour, jeune, bien fait et plus beau que le jour, l’ayant vu paraître à la grille du parloir du monastère, ressentit pour elle un violent amour. Grâce à l’instinct que la Nature a donné aux Femmes et qu’ont toutes les Beautés de voir l’invisible blessure que leurs yeux causent au cœur des Hommes, au moment même où cela arrive, la Princesse fut informée qu’elle était tendrement aimée.

 

Après avoir résisté quelque temps, comme on le doit, avant que de se rendre, elle l’aima à son tour d’un amour tout aussi tendre.

 

Chez cet amoureux, rien n’était à rejeter, il était beau, vaillant, né d’illustres aïeux, et depuis longtemps, le Prince avait jeté les yeux sur lui pour en faire son gendre. Ainsi donc il apprit avec joie la nouvelle de la flamme tendre et mutuelle dont brûlaient ces jeunes amoureux ; mais il lui prit une bizarre envie de leur faire payer par de cruels tourments le plus grand bonheur de leur vie.

 

« Je serais heureux, dit-il, de les satisfaire ; mais il faut que l’inquiétude, par tout ce qu’elle a de plus féroce, rende encore leurs sentiments plus

Tags : adieu conte

Catégorie : HUMEUR DU JOUR
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